Publié le 6/03/2015

Forfaits aéroports

La fausse bonne idée du gouvernement

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Les « forfaits aéroports » pour les taxis parisiens, tout le monde en parle depuis le mois de septembre ; le principe de quatre forfaits étant évoqué (30 ou 35 euros pour Orly et 50 ou 55 euros pour Roissy). Quelques mois plus tard, qu’en est-il ? Cette proposition « séduisante » n’est-elle finalement pas une « fausse bonne idée » tant pour les clients que pour les taxis ? Analyse et proposition alternative avec Jean-Michel Rebours, président de l’UDTP.

Le gouvernement propose de mettre en place un « forfait aéroport » pour les taxis parisiens. Ce qui apparaît comme – sur le papier – comme une bonne idée. Pourquoi ce n’est pas le cas dans la réalité ?

Jean-Michel Rebours. Pour qu’un forfait soit possible, il faut prendre en compte tous les éléments : horaires, trafic, lieu de départ et destination, etc.
Prenons un exemple concret : pour aller de Paris (centre) à Roissy, le coût peut varier de 35 à 60 (voire 70) euros en fonction de l’heure et du jour, de la circulation,… Par conséquent, quel que soit le montant du forfait privilégié (les montants de 50 et 55 euros étaient évoqués pour Roissy), le client ou le chauffeur sera forcément défavorisé. Et plus souvent le client que le chauffeur…
On voit bien que si nous devons prendre des clients qui utilisent toujours le taxi dans des heures creuses, ces derniers devront payer un forfait qui leur sera défavorable dans 95% des cas…
À contrario, si un taxi travaille dans une tranche horaire dans laquelle la fluidité du trafic est quasiment nulle, il sera fortement pénalisé en appliquant un forfait.

De nombreux acteurs de la profession, aux côtés de la FNAT, sont opposés à cette approche. Qui sont-ils ?

JMR. Beaucoup de nos collègues sont effectivement opposés au forfait qui, comme je l’ai expliqué précédemment, sera toujours au désavantage du client ou du chauffeur. Rappelons que les chauffeurs de taxi sont soumis à une réglementation qui, depuis la mise en place des taximètres, impose de s’appuyer uniquement sur ces derniers pour déterminer le coût d’une course.
Pourquoi devrions-nous changer cela ? Le taximètre est véritablement le meilleur et surtout le plus juste moyen pour calculer une course. Tout simplement parce qu’il prend en compte la distance et la durée en fonction du jour et des horaires concernés, en toute objectivité.

Quelle est la solution alternative que vous proposez ?

JMR. Nous ne sommes toutefois pas opposés à une offre alternative sous réserve qu’elle soit juste et qu’elle satisfasse les clients et les taxis. Nous avons donc pensé à mettre en place un système de « courses plafond » en lieu et place des « forfaits aéroports ».

En quoi cette solution est-elle plus avantageuse pour les clients? Les taxis ?

JMR. Nous comprenons très bien que, pour des raisons de pratique, de confort et même de sécurité, les clients veulent savoir combien va leur couter le trajet entre Roissy ou Orly et Paris. C’est pourquoi nous proposons, avec cette formule, de les assurer d’un montant maximum de facturation. De cette façon, le client d’aura jamais la mauvaise surprise de se retrouver avec un compteur qui affiche 90 euros pour aller à Roissy (ce qui peut arriver dans le cas d’un départ du sud de Paris et en cas de circulation particulièrement saturée). Et, avec le taximètre, il paie le juste prix en bénéficiant de tous les avantages d’une circulation fluide et de l’usage de couloirs réservés lorsque c’est le cas.
Par ailleurs, en cas d’application du tarif « plafond », le client sera avantagé car, même si le tarif est plus élevé que les forfaits pratiqués par certaines entreprises de VTC, le client bénéficie d’une course plus rapide en prenant le taxi car nous sommes les seuls à pouvoir emprunter les couloirs ouverts sur les axes Al et A6. La mise en place d’éventuels forfaits étant inévitablement conditionnée à l’ouverture de ces couloirs…
Nous souhaitons continuer à travailler au compteur comme nous le demande notre réglementation. En outre, nous n’avons pas pour vocation d’enrichir (à nouveau) les installateurs agréés pour une autre programmation de notre taximètre et pour l’achat d’un nouveau lumineux qui serait indispensable en cas d’application de forfaits (au minimum rajout obligatoire d’un répétiteur).
De plus, si nous devions mettre en place des forfaits pour répondre à la concurrence des VTC et autres, il est évident que ces derniers se précipiteraient pour baisser leurs tarifs dès qu’ils auraient connaissance des montants pratiqués. Et nous serions de nouveaux considérés comme trop couteux.

Quelles actions allez-vous mener auprès du gouvernement pour le dissuader de mettre en place cette mesure ?

JMR. Lors de la dernière réunion à la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes), nous avons bien compris que nos politiques n’envisageaient pas d’autres alternatives que le forfait. C’est pourquoi nous allons faire signer une pétition dès maintenant ; nous profiterons également de notre présence sur le Salon des Taxis (les 31 janvier et 1er février) pour faire signer nos collègues.
Notre objectif est de remettre cette pétition aux ministères concernés avant la mise en application de ces forfaits qui devrait intervenir courant mars. Mais rien n’est fait car de nouvelles réunions de concertation sont au programme.

Quel message souhaitez-vous faire passer aux clients des taxis parisiens ?

Je dirais simplement que notre seule ambition est de transporter nos clients dans les meilleures conditions possibles et ce avec un coût le plus juste, en les informant d’une dépense maximum qu’ils auraient à engager lorsqu’ils se rendent de Paris vers Orly ou Roissy (ou qu’ils en reviennent).